La magie derrière un simple canal
Quelle magie; je ne m’étais pas imaginé à quel point une seule visite pouvait m’ouvrir les yeux sur toute cette beauté.
Ce jour-là, il neigeait. Des flocons descendaient lentement du ciel et venaient se poser sur ma tasse de café qui fumait son délicat parfum corsé. Dehors, il faisait la même température que depuis quelques jours, une température qui justifiait largement les nombreuses couches de vêtements qui habillaient mon corps. En autres mots : je ressemblais à un oignon. Il faisait un temps clair, trop clair. Le ciel était blanc, tout comme le sol était couvert de neige. À croire qu’à un certain temps de l’année, le ciel et le soleil disparaissent. Ils prennent congé comme la verdure dans les arbres; c’est comme si les couleurs faisaient la grève au mois de janvier. Il y avait en cette matinée seulement le blanc, le gris… et le brun dans les rues causé par la saleté de la ville. Rien n’est beau en hiver lorsque l’on habite la ville.
Pourtant, ce matin-là, le temps semblait s’être figé. J’ignorais si c’était le froid, la neige ou la disparition du soleil qui était responsable, mais il n’y avait plus aucun bruit. Tout reposait, comme l’eau sous cette épaisse couche de glace. À force de ne plus rien entendre, notre ouïe s’éclipse et les autres sens s’amplifient. Ma vue se développa soudain de manière exponentielle puisque je remarquai finalement la beauté du lieu où j’étais, la beauté du canal Rideau.
Atour de moi, tout devint si beau, si antique. Chaque chose était à sa place et je me sentais seule au beau milieu de toute cette grande ville. Pourtant, à Ottawa, la Capitale nationale du Canada, le sentiment d’appartenir à un tout ne peut être oublié. La sensation que provoquent tous ces vieux bâtiments est inexprimable. C’est la preuve indéniable qu’il y a eu des gens avant nous, et qu’il y en aura encore après nous. Le mélange de richesse et de beauté architecturale d’Ottawa est l’empreinte que laisse cette ville sur un visiteur, une marque difficile à oublier.
En se promenant sur la rue qui porte le même nom que le canal, on croise le Parlement, qui jonché sur sa colline, fait mesure d’autorité. L’imposante structure du monument a besoin de plus d’un coup d’œil pour être admirée. Puis, il y a le palais de justice avec ses pignons témoignant de l’architecture de l’époque qui retiennent notre attention. Aussi, les nombreuses statues rendent justice à ceux qui ont laissé leur marque dans cette ville presque bicentenaire. Bref, la capitale étonne quiconque la visite.
Une page d’histoire
Avec deux cents ans d’histoire, Ottawa a beaucoup à raconter. L’histoire de sa fondation demeure très peu connue. Plusieurs facteurs expliquent qu’il y a une véritablement raison à notre existence; comme les Anglais le disent : « Everything happens for a reason ». À chaque chose sa raison d’être, à chaque chose son histoire. On oublie très souvent de regarder plus loin que ce que notre œil voit. De cette manière, on oublie certains aspects de notre vie quotidienne qui ont pourtant été témoins de bien des éléments de notre passé; c’est le cas du canal Rideau.
Entremêlé dans la grande ville d’Ottawa, on oublie facilement son existence. Cependant, le Canal Rideau est bien plus qu’un simple courant d’eau. Son existence même repose sur beaucoup d’éléments. En 177 années d’existence, il a assisté à beaucoup de changement. Tant de gens ont participé à sa construction, mais celle-ci ne reposait que sur la décision d’une personne : le colonel John By.
Très peu de gens connaissent la véritable raison pour laquelle la Capitale nationale se situe à Ottawa, cependant beaucoup profitent des avantages de la ville ou s’établit maintenant le gouvernement du Canada. Qu’ils soient commerçants, marchands ou propriétaires de restaurants, ils y trouvent tous leur compte. Économiquement, l’aspect touristique d’Ottawa est très rentable à cause de son grand nombre de touristes. En fait, la ville d’Ottawa regorge de lieux historiques et de musées. Entre autres, on compte le musée Bytown, mémoire à l’époque de la construction du canal ou le Fairmont Château-Laurier, qui s’est construit aux abords de la fin du canal. Tout cela doit son existence à une chose : Le canal rideau. Pourtant, cette chose n’a pas toujours existé…
L’origine
Le nom du canal doit son origine à l’explorateur Samuel de Champlain. Lorsque ce dernier descendit le fleuve St-Laurent en 1613, l’image des deux chutes de l’actuelle rivière Rideau, lorsqu’elle se déverse dans la rivière des Outaouais, lui apparut comme un rideau. En 1694, le nom apparait pour la première fois sur une carte et c’est de cette manière que l’on appelle les chutes, la rivière et maintenant le canal depuis.
Le canal Rideau porte le nom de la rivière puisque c’est à partir de celle-ci que l’on a construit à la main les 19 kilomètres manquants pour relier la ville d’Ottawa à celle de Kingston en Ontario. Au total, 202 kilomètres, naturels ou artificiels, s’entremêlent pour créer le célèbre canal qui est le plus vieux système de canaux toujours en activité en Amérique du Nord. À l’époque, le canal était la seule voie navigable qui pouvait relier en toute sécurité les deux villes. Il a en fait été construit pour protéger le haut et le bas Canada des États-Unis. L’intention derrière son constructeur était de contourner le fleuve St-Laurent qui est trop étroit dans cette région. Cependant, depuis sa construction, aucune attaque de la part des États-Unis n’a été portée au Canada.
Les terres entre la Capitale nationale et Kingston n’étant pas toutes au même niveau, on a dû faire preuve de génie à l’époque pour permettre au bateau de traverser sans peine les 202 kilomètres de voie navigable. Un système d’écluse fut alors pensé. Le canal Rideau compte 47 écluses qui sont encore aujourd’hui entièrement manœuvrées à la main.
Dès son ouverture, le 29 mai 1832, le célèbre cours d’eau fut un élément important pour le Canada. Il représentait à l’époque beaucoup puisque l’on y transportait les matières premières par bateau tel le bois, les minéraux ou le blé. De cette manière, l’économie d’Ottawa a pu réellement commencer à grandir. Le canal s’est en fait découvert très rapidement des fins économiques plutôt que militaires. Anciennement appelé Bytown, en hommage à John By, Ottawa est devenu le centre de l’industrie du bois. Puis, en 1855, Ottawa devint la Capitale nationale du Canada uni. Petit à petit, le Canada tel qu’on le connait s’est formé.
Charles Billington, directeur des communications de l’Office de protection de la nature de la vallée Rideau, raconte que : « parcourir la voie navigable, c'est comme remonter dans le temps. Presque tout est demeuré intact. Les bâtiments ont été préservés et les écluses sont encore toutes opérées à la main, comme autrefois ».
Du commerce au loisir
Aujourd’hui, le canal Rideau est le plus vieux canal en Amérique toujours en service. Considéré comme une des merveilles du 19e siècle, il peut être utilisé en été comme en hiver. Bien qu’il se trouve dans la liste des patrimoines mondiaux de l’UNESCO depuis 2007, le canal est maintenant plus célèbre pour sa patinoire que pour sa voie navigable. Les 7.8 kilomètres du canal traversant la ville d’Ottawa, lorsque gelés, sont transformés en une aire de glace. Cette distance équivaut à 90 patinoires olympiques de hockey. Il s’agit en effet de la plus grande patinoire extérieure au monde. C’est sur le canal Rideau que l’équipe des Ducks d’Anaheim de la Ligue nationale de hockey (LNH) s’est pratiquée lors de la saison 2005-2006 avant un match contre les Sénateurs d’Ottawa. Ce fut peut-être un bon réchauffement pour eux, puisque l’équipe de Los Angeles a remporté la coupe Stanley à la fin de cette saison.
Patiner le long du canal représente pour beaucoup de familles de la Capitale nationale, ou de régions environnantes, une vraie activité à ne pas manquer. Essayer de faire une tour sur la surface du canal un samedi après-midi du mois février relève presque du défi, surtout lors de Bal de neige, le festival d’hiver de la région de la Capitale nationale. En jetant un coup d’œil sur la patinoire, un véritable lit de verre, il est impératif de remarquer les marques laissées par les centaines de visiteurs », il s’agit de minces lignées faites par des centaines de lames de patin sur la surface glacée du canal.
Demandez-le à n’importe que boutiques présentes non autour du canal, mais bien sûr celui-ci, le nombre de visiteurs est énorme. Les cabanes où l’on vend frites maisons, chocolats chauds ou cidres de pomme et « queues de castors » sont méticuleusement déposées en rang à chaque quelques centaines de mètres des 7.2 kilomètres. Maintenant un vrai phénomène, les « queues de castors » — pâtisserie populaire en forme de l’organe postérieur de l’emblème du Canada — sont un incontournable souvenir de notre présence sur les lieux.
Le colonel John By serait probablement fier de ce qu’est aujourd’hui devenue son invention. Même si cette dernière n’a jamais été utilisée à ses fins, il s’agit réellement d’une merveille datant des siècles passés. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point tout cela passait devant mes yeux sans que je ne m’en rendre compte; quelle magie! Je regardais le canal Rideau en tenant d’une main, ma tasse de café devenue froide et de l’autre, ma « queue de castor » et me souvint enfin de la raison de toute cette beauté.